Parmi les incohérences de l'amour traitées par Molière, aimer ce qui ne convient pas est le ressort le plus souvent utilisé, car il contient un impact dramatique éternel et pose la douloureuse question de la difficulté d'aimer. Aimer ce qui ne convient pas. Source d'erreur et de conflits, pousse les personnages au choix crucial de l'amour. Le choix entre l'amour tout court et l'amour ce soi. Et lorque dans l'acte IV scène 3, Célimène dit à Alceste,« Non vous ne m'aimez point comme il faut que l'on aime », elle veut lui imposer sa propre façon d'aimer et il répond qu'il souhaiterait « que le ciel en naissant ne vous eu donné rien, que vous n'eussiez ni rang, ni naissance, ni bien et que j'eusse la joie et la gloire en ce jour, de vous voir tenir tous des mains de mon amour.»
Etrange amour qui aboutit à la négation de l'être aimé. Comble de l'égocentrisme. Il veut qu'elle n'existe qu'à travers lui. Car Célimène a sa propre personnalité, son entourage, son argent, son libre arbitre, situation exceptionnelle à l'époque. Molière évoque ainsi avant la lettre, un des problèmes fontamentaux des couples modernes, l'indépendance des femmes. Chacun des deux héros promène avec lui son univers. Il les confrontes à armes égales et ces unviers irréductibles l'un à l'autre. Et cette passion déraisonnable qu'Alceste tente de combattre.Cette passion est parfois prondément touchante, lorque par exemple, Alceste le pur, l'intransigeant, l'ennemi fanatique du mensonge, supplie Célimène de lui mentir. Acte IV scène 3, « Efforcez-vous ici de paraître fidèle et je m'efforcerais moi de vous croire telle.»
A l'acte 5, il espère encore la changer. Mais cet espoir est chimérique, on ne peut pas changer un être et on n'a pas le droit d'exiger ce changement. A travers des excuses embarrassées et dans le langage précieux de XVIIè siècle, c'est ce que Célimène veut faire comprendre à Alceste. Ce qu'elle veut lui dire c est «Si tu m'aimes, acceptes moi comme je suis parce que je ne changerais pas. Acceptes moi comme je suis et je t'accepterais comme tu es.» Alceste est intransigeant, égoïste, possessif, Célimène est légère, irresponsable, infidèle. Mais s'ils acceptaient leurs défauts, s'ils parvenaient à sourire de leurs différences. Ce serait là, la victoire de l'amour sur l'amour propre. Seulement ces sacrifices ne sont dignes que d'un grand amour. Et comment reconnaît-on un grand amour ? Le jour où l'on s'aperçoit que le seul être au monde qui peut vous consoler, c'est celui qui vous a fait mal. Alors on sait qu'on est un couple.
Le misanthrope, comédie ou tragédie ? Musset disait en sortant d'une représentation, lorqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer. Et c'est vrai. Assister à l'échec d'un grand amour, c'est terriblement triste. Imaginez les deux héros rejetés au désert de leur solitude. C'est une désolation. Je crois que c'est cela le messsage de Molière, pour nous tous, à travers le temps.
Oui c'est à vous s'il vous plait que ce discours s'adresse. Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui aime assez l'être qu'il dit aimer pour préférer son bonheur au sien ? Pour le laisser vivre à son rythme, pour pleurer de ses déceptions, rire de ses joies ?
Et je terminerais avec ses mots d'Alfred de Musset :
« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels. Toutes les femmes sont perfides, vaniteuses, artificieuses, curieuses et dépravées. Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux. »
C'est dans On ne badine pas avec l'amour. Acte II Scène 5.
Valentine (Sophie Marceau) - L'Etudiante.